Budget de défense : la Belgique progresse plus lentement

La capacité reste le principal défi pour les CFO

La Belgique fait partie des pays européens qui augmentent leur budget de la défense moins rapidement que les leaders du continent. Pour les responsables financiers, toutefois, l’enseignement principal ne réside pas dans le montant des dépenses publiques. Le véritable enjeu est ailleurs : l’écart croissant entre les budgets disponibles et la capacité réelle à transformer ces moyens en résultats concrets.

C’est un défi qui dépasse largement le secteur de la défense. Dans l’industrie, la technologie, la construction ou encore les services, de nombreuses entreprises constatent aujourd’hui que la croissance est moins freinée par un manque de financement que par des capacités de production limitées, une pénurie de compétences et des chaînes d’approvisionnement sous pression.

Les dépenses de défense européennes continuent d’augmenter, mais leur rythme de progression ralentit. Selon nos experts, cela démontre que les ressources financières ne sont qu’une partie de l’équation.

Johan Geeroms, notre Risk Underwriting Director Benelux : « L’Europe a consacré des montants considérables à la défense ces dernières années, mais les ambitions politiques progressent plus vite que la capacité de l’industrie à suivre. Vous pouvez inscrire des milliards supplémentaires au budget, mais cela ne fera pas apparaître une nouvelle usine de missiles ou de munitions du jour au lendemain. Le goulot d’étranglement se déplace de l’argent vers la production. »

Pour les CFO, cette observation est particulièrement pertinente. À l’heure où de nombreuses entreprises investissent dans la transformation numérique, la transition énergétique, l’automatisation ou l’expansion internationale, il devient évident que des budgets supplémentaires ne se traduisent pas automatiquement par une capacité accrue.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien investir, mais si l’organisation, ses fournisseurs et ses collaborateurs sont capables de soutenir cette croissance.

L’industrie européenne de la défense bénéficie aujourd’hui de carnets de commandes exceptionnellement fournis. Pourtant, de nombreuses entreprises restent prudentes lorsqu’il s’agit d’investir massivement dans de nouvelles capacités de production.

Ce paradoxe est compréhensible d’un point de vue financier. « Les carnets de commandes n’ont jamais été aussi remplis, mais les entreprises ne construisent pas de nouvelles usines sans limite. Un tel investissement doit être rentable sur plusieurs années. Une entreprise de défense veut savoir si les engagements politiques actuels seront toujours valables dans cinq ou dix ans. Tant que cette visibilité n’existe pas, une partie du secteur continuera d’investir avec prudence », dit Johan Geeroms.

Une réflexion comparable s’impose dans de nombreux secteurs. Les entreprises peuvent bénéficier aujourd’hui d’une forte demande tout en s’interrogeant sur son caractère durable. Pour les directeurs financiers, la discipline d’investissement repose plus que jamais sur l’analyse de scénarios :

  • La demande actuelle est-elle durable ?
  • Quels coûts fixes une expansion supplémentaire engendrera-t-elle ?
  • Comment l’entreprise réagirait-elle en cas de ralentissement du marché ?
  • Quelle flexibilité conserverait-elle après un investissement majeur ?

La croissance est une opportunité, à condition qu’elle crée de la valeur sur le long terme.

L’un des enseignements les plus intéressants du secteur de la défense est que les risques ne se situent pas nécessairement chez le donneur d’ordre final. Lorsque la demande progresse plus rapidement que les capacités disponibles, des tensions apparaissent tout au long de la chaîne de valeur :

  • les délais de livraison s’allongent ;
  • la dépendance vis-à-vis de fournisseurs spécialisés augmente ;
  • la planification des projets devient plus complexe ;
  • la gestion opérationnelle exige davantage d’anticipation.

Pour les responsables financiers, cela signifie que le risque lié à la chaîne d’approvisionnement devient de plus en plus un enjeu stratégique. La solidité financière et opérationnelle des fournisseurs est désormais un élément essentiel de la résilience de l’entreprise.

Une forte croissance est généralement perçue comme une bonne nouvelle. Pourtant, elle peut aussi accroître les besoins financiers de l’entreprise. Lorsque les capacités de production sont sous pression, que les projets deviennent plus complexes et que les délais s’allongent, la gestion de la trésorerie nécessite une attention particulière.

Le secteur de la défense illustre une réalité importante : une demande soutenue ne se traduit pas automatiquement par une amélioration de la rentabilité ou des flux de trésorerie. Pour les CFO, il devient donc indispensable de suivre non seulement l’évolution du chiffre d’affaires, mais aussi son impact sur :

  • la liquidité ;
  • la trésorerie ;
  • les besoins de financement ;
  • les risques opérationnels.

Au-delà des capacités industrielles, la pénurie de profils spécialisés constitue un autre frein majeur au développement.

Selon Johan Geeroms : « Il est relativement facile de débloquer des moyens financiers ; il est beaucoup plus difficile de trouver les talents nécessaires. Former un ingénieur spécialisé dans les technologies de missiles, les drones ou la défense aérienne ne prend pas quelques mois. De plus, le secteur de la défense doit rivaliser avec des entreprises technologiques qui offrent également des conditions très attractives. »

Ce qui relevait autrefois principalement des ressources humaines devient désormais un enjeu économique et stratégique. Sans les compétences adéquates, il devient plus difficile d’innover, d’exécuter les projets et de concrétiser les ambitions de croissance.

Alors que des pays comme la Pologne ou les États baltes augmentent fortement leurs dépenses de défense, la Belgique fait partie des pays qui devraient consacrer moins de 2,5 % de leur PIB à la défense.

Selon Johan Geeroms, plusieurs facteurs expliquent cette situation : « La Belgique augmente son budget de la défense, mais de manière clairement plus prudente que les pays situés plus près de la Russie. »

Mais ici aussi, la même leçon économique s’applique : disposer de budgets plus importants n’a de valeur que si ceux-ci peuvent être transformés en capacités, en production et en expertise.

L’évolution du secteur européen de la défense met en évidence plusieurs réalités auxquelles de nombreuses entreprises sont déjà confrontées :

1. Le capital ne suffit plus à lui seul
Les ressources financières ne créent de la valeur que lorsqu’elles peuvent être soutenues par des capacités suffisantes.

2. La croissance exige une base financière solide
Une forte demande nécessite une gestion rigoureuse de la trésorerie, des investissements et des ressources disponibles.

3. Les risques liés aux fournisseurs deviennent des risques stratégiques
La résilience d’une entreprise dépend de plus en plus de celle de son écosystème.

4. Les talents constituent un facteur de production clé
Les pénuries de compétences ont un impact direct sur l’exécution des projets et la performance de l’entreprise.

5. La résilience devient aussi importante que la croissance
Les organisations les plus performantes ne sont pas nécessairement celles qui croissent le plus vite, mais celles qui sont capables de soutenir cette croissance dans la durée.

Le débat sur les dépenses militaires porte souvent sur des milliards d’euros et des objectifs politiques. Pourtant, la leçon la plus précieuse pour les responsables financiers se situe ailleurs.

L’Europe découvre aujourd’hui qu’il est relativement simple de mobiliser des budgets supplémentaires, mais qu’il faut des années pour construire des capacités de production, développer des compétences spécialisées et renforcer des chaînes d’approvisionnement robustes.

Les entreprises qui parviennent à anticiper ces enjeux disposent d’un avantage concurrentiel durable. Une réalité qui dépasse largement le secteur de la défense et qui concerne désormais un nombre croissant d’entreprises à travers l’Europe.

Nous suivons quotidiennement les évolutions géopolitiques, les tendances sectorielles et les comportements de paiement à l’échelle mondiale. Nous mobilisons ces connaissances pour vous aider, en tant que CFO, à identifier les risques à temps et à renforcer votre capacité d’anticipation, afin de pouvoir prendre des décisions en toute confiance, même lorsque le brouillard économique s’épaissit.