Le dollar US conserve son rang de devise numéro 1 dans le monde. Mais jusqu’à quand ? Cette prédominance n’a plus rien d’une évidence pour de nombreuses économies émergentes, en particulier dans la zone séparant l’Europe de la Chine. Nous prévoyons une polarisation du système monétaire, où le dollar américain et le yuan chinois donneront le ton côte à côte.

Nos analystes constatent que la crise du coronavirus et la guerre en Ukraine n’ont fait que renforcer le mécontentement envers la domination du dollar. Ils s’expriment sur la prochaine étape de la mondialisation financière, qui aboutira à une ‘co-hégémonie financière’ du yuan chinois et du dollar américain. Voir rapport en annexe.

Johan Geeroms, notre Directeur Risk Underwriting Benelux renvoie à des articles parus dans le Wall Street Journal concernant un accord pétrolier conclu entre le plus grand exportateur mondial (l’Arabie saoudite) et le plus grand importateur mondial (la Chine), qui devrait être libellé en devise chinoise plutôt qu’en dollars. « S’il est un secteur dépendant du dollar, c’est bien celui du pétrole. On touche au cœur du système américain. On a surtout affaire ici à un symbole percutant. »

« Pour nos pays occidentaux, le dollar est une évidence qui s’impose de longue date. Mais la situation est tout autre dans l’immense majorité des autres pays du monde. Vu l’essor économique de l’Asie, il est logique que la Chine cherche à imposer le yuan comme devise principale. Cette tentative s’inscrit d’ailleurs totalement dans le contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine. » Pour Johan Geeroms, le yuan est le ‘concurrent naturel du dollar’ et l’euro se retrouvera selon lui ‘pris en sandwich’. « Le poids de l’euro est amené à reculer à mesure que les flux commerciaux mondiaux avec les États-Unis et la Chine prendront de l’ampleur. »

D’après nos analystes, le yuan doublera sa part dans le système financier à l’échelle mondiale d’ici dix ans. Cette croissance devrait s’accélérer, amenant dans son sillage un système multipolaire. La question se pose dès lors de savoir comment les deux devises peuvent coexister. Un scénario pessimiste verrait deux sphères d’influence se constituer (les États-Unis avec leur dollar, d’un côté, la Chine et son yuan, de l’autre), sans beaucoup d’échanges entre elles.

Selon Johan Geeroms, la montée en puissance du yuan ne se comprend qu’à l’aune des investissements massifs réalisés dans le cadre de l’initiative Belt and Road (la nouvelle route de la soie). La Chine investit des centaines de milliards dans des projets d’infrastructure, tels que des installations portuaires et électriques, dans plus de 80 pays, surtout asiatiques et africains (mais aussi européens). « Le commerce de ces pays avec la Chine connaît une forte croissance. Rien d’étonnant donc à ce que la Chine souhaite imposer sa propre monnaie dans ces échanges. »

Alors que l’Europe est surtout 'préoccupée par elle-même', de nombreux pays émergents s’affairent à assurer le progrès économique. Pour Johan Geeroms : « La Chine jouit en cela d’un positionnement idéal. Il faut ajouter ici les innovations technologiques en cours, notamment sur le plan monétaire. Si la Chine parvient à combiner la monnaie numérique que sa banque centrale utilise largement avec la technologie de la blockchain, elle renforcera encore son avance monétaire. »

Quant aux conséquences de ce phénomène, Johan Geeroms pense que : « Washington bénéficie d’un moyen de pression politique, dans la mesure où les pays ont besoin du dollar pour faire du commerce international. Il en va bien entendu de même pour l’émergence du yuan et l’influence chinoise sur le monde. »

Ces dernières années, la Chine a renforcé son emprise sur les ports maritimes européens. C’est notamment le cas des terminaux à conteneurs de Zeebruges et d’Anvers en Belgique. Pas moins de 90 % du terminal à conteneurs de Zeebruges est désormais entre les mains de l’entreprise China Ocean Shipping Company (Cosco), la plus grande entreprise de transport maritime du monde et le troisième plus grand transporteur de conteneurs de la planète. « Cette tendance menace ainsi les États membres de l’UE de devenir plus dépendants politiquement de Pékin », précise Johan Geeroms.

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