Chaque année, nous analysons la durée pendant laquelle les liquidités restent immobilisées dans les activités de l’entreprise, avec une attention particulière portée au Cash Conversion Cycle (CCC), au Days Sales Outstanding (DSO) et au Days Inventory Outstanding (DIO). Notre dernier rapport révèle que les entreprises du monde entier, et tout particulièrement en Europe occidentale, doivent immobiliser structurellement davantage de fonds de roulement dans leurs activités opérationnelles. Le CCC se situe désormais nettement au-dessus de sa moyenne des dix dernières années. Cette évolution s’explique principalement par la hausse du DIO : une part croissante du fonds de roulement est immobilisée dans les stocks. Découvrez dans cet article les principaux enseignements de notre dernière étude et sur les mesures que vous pouvez prendre en tant que responsable financier.
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Belangrijkste conclusies
- Le CCC atteint un niveau élevé à l’échelle mondiale, à 67 jours, en raison de l’augmentation des stocks (DIO). Par conséquent, davantage de liquidités restent immobilisées dans les opérations.
- Les stocks constituent le principal facteur de pression sur le fonds de roulement tandis que le DSO demeure relativement stable.
- Le fonds de roulement nécessite un pilotage stratégique. Une gestion active des stocks, une optimisation la structure de financement et une révision des conditions commerciales permettent de renforcer votre capacité financière.
Davantage de liquidités immobilisées dans la chaîne : ce que montrent les chiffres
Notre étude montre avant tout que les entreprises s’éloignent progressivement du modèle de gestion « just-in-time » pour adopter une approche « just-in-case », basée sur des stocks de sécurité plus importants. Les entrepreneurs opèrent cette transition parce que leur environnement économique est devenu de plus en plus volatil. La pandémie, les conflits géopolitiques, les tensions commerciales et les perturbations des grands hubs logistiques ont démontré à quel point les chaînes d’approvisionnement optimisées à l’extrême et dépourvues de marges de sécurité pouvaient être vulnérables. En constituant des stocks supplémentaires, les entreprises réduisent le risque d’interruptions de production et de ruptures d’approvisionnement en cas de choc imprévu sur l’offre ou la demande.
Les entreprises acceptent en contrepartie qu’une plus grande part de leur fonds de roulement reste durablement immobilisée dans les stocks. Le cycle de conversion de trésorerie, c’est-à-dire le délai entre les sorties de trésorerie et les encaissements, atteint désormais plus de 67 jours à l’échelle mondiale, un niveau nettement supérieur à la moyenne observée au cours des dix dernières années. La tendance observée ces dernières années est claire : le CCC demeure structurellement plus élevé qu’avant 2020. Il ne s’agit plus d’un pic temporaire, mais d’une nouvelle réalité.
Le DSO reste maîtrisable, les stocks sont les véritables destructeurs de liquidités
Il est frappant de constater que le Days Sales Outstanding (DSO), qui mesure le nombre de jours nécessaires pour encaisser les factures clients, n’a augmenté que de manière limitée. Les délais de paiement évoluent certes quelque peu, mais sans représenter un problème majeur : à l’échelle mondiale, le DSO s’établit autour de 56,5 jours, soit encore en dessous du niveau observé avant la pandémie. La véritable source de pression réside dans l’augmentation des stocks.
En Europe occidentale, le CCC atteint désormais environ 63 jours. En Allemagne, notre principal partenaire commercial, il avoisine même les 79 jours. Ce niveau élevé mérite toutefois d’être nuancé : l’Allemagne dispose historiquement d’une forte représentation de secteurs caractérisés par des chaînes de production et d’approvisionnement longues, tels que la construction de machines, l’automobile et la chimie. Ces secteurs nécessitent naturellement davantage de fonds de roulement et présentent dès lors un CCC plus long.
Pourquoi la hausse du CCC constitue un risque stratégique pour les CFO et les Credit Managers
En tant que responsable financier, il est important d’aller au-delà des chiffres. Une hausse du CCC, combinée à un DSO relativement stable et à un DIO élevé, indique que les liquidités sont principalement immobilisées dans la chaîne elle-même : dans les stocks, les délais d’exécution et les chaînes de valeur internationales. En pratique, cela signifie qu’un même niveau de chiffre d’affaires nécessite davantage de financement. L’entreprise doit mobiliser plus de fonds de roulement pour soutenir son activité, car chaque euro généré met plus de temps à se transformer en trésorerie disponible. Cette situation a un impact direct sur la liquidité, l’utilisation des lignes de crédit et la capacité d’investissement.
Un DIO plus élevé accroît par ailleurs la vulnérabilité de l’entreprise. Plus le capital immobilisé dans les stocks est important, plus l’entreprise est exposée à une baisse de la demande, à une correction des prix ou à des perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Quelques semaines de retard, un choc géopolitique ou une baisse soudaine des prix peuvent soudainement entraîner des dépréciations de stocks et exercer une pression significative sur les flux de trésorerie. Dans ce contexte, le fonds de roulement ne doit plus être considéré comme un simple indicateur financier; il devient un véritable enjeu stratégique.: les entreprises peuvent-elles se permettre d’immobiliser autant de capital dans les stocks et les chaînes d’approvisionnement au regard de leurs ambitions de croissance, de leur profil de risque et de leurs engagements financiers ?
Pour les Pays-Bas et la Belgique, une dimension internationale vient également renforcer cette pression. La forte dépendance de ces économies aux exportations vers des marchés clés tels que l’Allemagne, la France ou l’Espagne, où le CCC est déjà élevé ou continue de s’allonger, accroît le risque d’un allongement des délais de paiement et d’une augmentation des niveaux de stocks chez les clients. Les fournisseurs néerlandais et belges font partie des mêmes chaînes de valeur et partagent donc la pression sur le fonds de roulement, même si leurs propres processus internes sont efficaces.
Stocks just-in-case : la sécurité au prix de la liquidité
Depuis la pandémie, les entreprises sont massivement passées d’une logique de just-in-time à une approche just-in-case. Au lieu de privilégier des chaînes ultrafluides fonctionnant avec des stocks minimaux, elles choisissent désormais de constituer des réserves de sécurité: davantage de matières premières en stock, des fournisseurs alternatifs et une plus grande résilience logistique. Cette évolution est parfaitement compréhensible. Dans des secteurs aux processus de production complexes tels que la construction de machines, l’automobile ou la chimie, il est difficilement envisageable d’interrompre les activités à cause d’un seul composant manquant. Les stocks deviennent alors une véritable forme d’assurance.
Mais cette assurance a un coût. Chaque palette supplémentaire entreposée dans l’entrepôt représente du fonds de roulement qui n’est plus disponible pour financer des investissements, des acquisitions ou des projets d’innovation. Le DIO permet précisément de mesurer la durée pendant laquelle ces ressources financières restent immobilisées dans les stocks. Plus le DIO est élevé, plus il faut attendre avant que les capitaux investis puissent être réinjectés dans l’activité. La question n’est donc pas de savoir si l’approche « just-in-case » est bonne ou mauvaise, mais l’enjeu consiste plutôt à déterminer dans quels domaines ces stocks de sécurité sont réellement stratégiques et où ils se traduisent, dans la pratique, par des stocks dormants ou des réserves excessives.
Perspective locale : les Pays-Bas et la Belgique au cœur des chaînes de valeur européennes
Pour les entreprises néerlandaises et belges, un autre facteur mérite une attention particulière. Nous évoluons dans une économie ouverte et fortement interconnectée. De nombreuses entreprises sont relativement modestes par rapport à leurs grands clients allemands ou français, mais elles supportent néanmoins une part importante du risque lié au fonds de roulement. Lorsque ces grands clients allongent leur CCC et augmentent leurs stocks, cela se traduit de votre côté par des délais plus longs et des variations de stocks plus importantes. C’est pourquoi il est essentiel de relier explicitement votre propre analyse du CCC aux pays et aux secteurs concernés : le chiffre d’affaires réalisé en Allemagne ou en France peut avoir des conséquences très différentes sur le fonds de roulement par rapport à celui réalisé en Belgique ou aux Pays-Bas.
En intégrant cette dimension internationale à votre analyse, vous évitez de vous concentrer uniquement sur les processus internes. Vous pouvez ainsi identifier plus facilement les décisions commerciales ayant le plus d’impact sur votre CCC, qu’il s’agisse de l’octroi de conditions de paiement plus favorables à certains clients stratégiques, de la constitution de stocks de sécurité dédiés à l’exportation. Cette approche favorise également un dialogue plus constructif entre les équipes Sales, Supply Chain et la Direction, en s’appuyant sur un langage commun autour de la trésorerie et de la gestion des risques.
Conclusion : le fonds de roulement, un véritable levier stratégique
Les conclusions du rapport sont sans équivoque: le CCC a augmenté et reste à un niveau élevé ; le DSO ne constitue pas la principale source de préoccupation, tandis que le DIO, autrement dit les stocks, est désormais le principal facteur de pression sur le fonds de roulement. Pour les CFO et les Credit Managers, il n’y a pas lieu de céder à l’inquiétude. En revanche, cette situation constitue un signal clair : le fonds de roulement ne peut plus être considéré comme un sujet secondaire. En intégrant le CCC, le DSO et le DIO dans votre tableau de bord, en adoptant une approche plus stratégique de la gestion des stocks, en adaptant votre structure de financement et en renforçant votre politique de gestion des créances clients, il est possible de libérer des liquidités significatives sans devoir engager de profondes réorganisations.
Cette démarche vous permet de gagner du temps, de renforcer votre résilience et de disposer d'une marge de manœuvre pour continuer à investir dans la croissance, la digitalisation et le développement durable, notamment dans un contexte où les flux de trésorerie restent bloqués de plus en plus longtemps dans la chaîne d'approvisionnement.
Notre rôle en tant que partenaire de gestion des risques
Nous suivons quotidiennement les évolutions géopolitiques, les tendances sectorielles et les comportements de paiement à travers le monde. Cette expertise nous permet d’accompagner les organisations dans l’identification précoce des risques susceptibles d’affecter leur activité.
Pour ce faire, nous vous fournissons d’une part des analyses prédictives et, d’autre part, nous vous proposons des solutions adaptées pour protéger votre entreprise telles que l’assurance-crédit, l’assurance contre la fraude et les garanties commerciales. Grâce à ces dispositifs, vous pouvez prendre vos décisions en toute confiance, même dans un contexte économique incertain.