L’impact de l’intelligence artificielle sur l’économie mondiale n’est plus une perspective lointaine. Alors que les entreprises investissent massivement dans l’IA pour gagner en efficacité et stimuler leur croissance, l’équilibre des pouvoirs dans l’économie mondiale évolue en parallèle.

Pour vous, en tant que CFO ou responsable financier, la question n’est donc plus de savoir si l’IA aura un impact sur votre organisation, mais comment protéger votre entreprise tout en la positionnant stratégiquement dans un environnement en mutation rapide.

Le commerce mondial de biens liés à l’IA a connu une croissance spectaculaire au cours des dix dernières années, passant de 1 000 milliards de dollars en 2014 à 3 800 milliards aujourd’hui, soit 15 % du commerce mondial.

Cette croissance est toutefois très inégalement répartie. L’Asie concentre l’essentiel de la production, tandis que la demande et les services sont largement dominés par les États-Unis. L’Europe, quant à elle, reste en retrait, avec une part limitée à environ 15 à 20 %.

Selon notre Risk Underwriting Director Benelux, Johan Geeroms« En Europe, nous laissons filer les clés numériques de notre économie. Sans accélération des investissements, nous risquons de devenir structurellement dépendants. »

Pour les CFO, cela signifie concrètement que leur modèle économique dépend de plus en plus d’acteurs externes, souvent situés en dehors de l’Europe.

Ce défi européen se reflète également au niveau local. La Belgique se positionne comme une localisation attractive pour les data centers et les initiatives liées à l’IA, mais l’infrastructure sous-jacente reste largement contrôlée par des acteurs étrangers.

« La Belgique est un reflet à petite échelle de ce que l’on observe en Europe », explique Johan Geeroms. « Nous développons des capacités en IA, mais la colonne vertébrale repose sur des hyperscalers étrangers. Sans infrastructure propre, nous risquons de devenir un simple point de transit pour les données plutôt qu’un créateur de valeur. »

Pour vous, en tant que CFO, l’enjeu se résume à une question essentielle : conserver la maîtrise de la création de valeur ou devenir dépendant d’écosystèmes externes ?

L’IA ne se limite pas aux applications : elle repose avant tout sur des infrastructures critiques — semi-conducteurs, data centers, cloud et puissance de calcul. C’est précisément là que se situe aujourd’hui la principale vulnérabilité.

Les États-Unis disposent d’une capacité de data centers d’environ 60 GW, contre moins de 10 GW en Europe. Parallèlement, les hyperscalers américains contrôlent près de 70 % du marché du cloud européen, alors que l’Europe ne dispose pas d’un acteur de taille comparable.

« Une grande partie de notre économie numérique repose sur des infrastructures étrangères. Cela rend les entreprises vulnérables en matière de prix, de dépendance et de pressions géopolitiques », souligne Johan Geeroms.

Pour votre organisation, cela se traduit par un risque de concentration accru auprès des fournisseurs, une maîtrise limitée des coûts et un risque réel de perturbations opérationnelles.

L’IA ouvre des perspectives importantes, mais elle s’accompagne également de nouvelles structures de coûts, souvent sous-estimées. Aujourd’hui, l’Europe dépense déjà plusieurs milliards d’euros chaque année en services liés à l’IA, principalement auprès de fournisseurs américains. En cas d’adoption massive, ces dépenses pourraient croître de manière exponentielle. « Les gains de la révolution de l’IA sont captés ailleurs, tandis que nous en supportons les coûts », affirme Johan Geeroms.

 

Pour les CFO, cela signifie une augmentation rapide des coûts récurrents, un pouvoir de négociation limité et la nécessité de renforcer la gouvernance financière liée à ces nouveaux usages.

L’IA n’est plus un simple sujet technologique. Elle a un impact direct sur votre structure de coûts, votre dispositif de gestion des risques et votre autonomie stratégique. Les entreprises qui en prennent pleinement la mesure aujourd’hui construiront un avantage concurrentiel durable.

Des actions concrètes pour renforcer votre résilience

Pour renforcer la résilience de votre organisation dans le contexte de l’IA, plusieurs leviers s’imposent. Il est essentiel, dans un premier temps, de cartographier précisément vos dépendances, en identifiant les outils utilisés, les fournisseurs et la localisation de vos données.

Ensuite, la diversification des partenaires et des infrastructures, notamment via des stratégies multi-cloud, permet de limiter les risques liés à une dépendance excessive. Parallèlement, les enjeux liés à l’IA doivent être pleinement intégrés dans votre cadre de gestion des risques, en tenant compte des facteurs géopolitiques et des dépendances technologiques.

Le renforcement de la gouvernance est également clé afin d’éviter une prolifération incontrôlée des usages et des coûts. Enfin, il est essentiel d’adopter une vision stratégique de l’IA : au-delà d’un poste de dépenses, elle constitue un véritable levier de performance, à condition d’en maîtriser les fondements.

L’enjeu est clair : accélérer l’innovation tout en protégeant votre organisation face à de nouvelles formes de dépendance et de risques. Comme le résume Johan Geeroms : « Si nous n’investissons pas massivement dès maintenant dans nos propres data centers et infrastructures, nous risquons de nous reléguer définitivement au rang de colonie numérique de second plan. »

 

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