La Belgique reste proche d’un niveau historiquement élevé de faillites d’entreprises

Alors que certains pays européens commencent à entrevoir des signes de reprise, la Belgique continue d’évoluer dans un contexte de faillites d’entreprises exceptionnellement élevé. Après six années consécutives de hausse, le nombre de faillites devrait se stabiliser en 2026 à un niveau proche du record historique. Une légère baisse de 2 % n’est attendue qu’en 2027, pour atteindre environ 11.500 faillites.

À première vue, cette évolution peut sembler encourageante. Pourtant, pour les CFO et les décideurs financiers, la prudence reste de mise. Même avec ce léger recul attendu, la Belgique demeurerait proche du pic historique observé en 2013.

Le principal enseignement pour les directions financières est clair : le risque d’insolvabilité ne disparaît pas. Les entreprises devront continuer à évoluer dans un environnement marqué par un financement coûteux, des marges sous pression et des vulnérabilités persistantes au sein des chaînes de valeur.

La Belgique n’est pas un cas isolé. À l’échelle de l’Europe de l’Ouest, le nombre de faillites devrait encore progresser de 4 % en 2026. Il se situe désormais 33 % au-dessus de la moyenne observée avant la pandémie, à un niveau comparable à celui atteint lors de la crise financière mondiale.

La France et l’Allemagne contribuent largement à cette tendance. La France se dirige vers un record d’environ 71.000 faillites (+3 %), tandis que l’Allemagne enregistrerait 25.900 faillites (+8 %), soit son niveau le plus élevé depuis 2013.

« Nous n’observons pas de véritable normalisation en Europe de l’Ouest, mais plutôt un plateau durable à un niveau élevé », explique Johan Geeroms, notre Director Risk Underwriting Benelux. « La croissance économique est trop faible pour offrir un réel répit aux entreprises, tandis que les taux d’intérêt élevés ainsi que les coûts de l’énergie et des autres intrants continuent de peser sur les marges. Le secteur de la construction et les activités fortement dépendantes de la consommation des ménages restent particulièrement vulnérables. Nous n’anticipons dès lors qu’un recul limité du nombre de faillites en 2027 et 2028. »

Pour les CFO, cela signifie que le paysage des risques reste fondamentalement inchangé. Les difficultés exceptionnelles de ces dernières années laissent place à un environnement où les facteurs de pression structurels demeurent présents.

« Le fait que le nombre de faillites n’augmente plus en Belgique ne signifie pas que les difficultés sont derrière nous », avertit Johan Geeroms. « Le niveau reste exceptionnellement élevé. De nombreuses entreprises disposent de peu de marge de manœuvre pour absorber de nouvelles hausses de coûts ou un recul de leur chiffre d’affaires. La diminution attendue en 2027 reste par ailleurs limitée. La Belgique demeure donc proche du pic de faillites observé en 2013. »

Autrement dit, la pression ne s’intensifie plus, mais elle reste durablement élevée. Pour les responsables financiers, cette nuance est essentielle. Une stabilisation n’est pas synonyme de reprise.

Si les faillites continuent d’augmenter à l’échelle mondiale pour la cinquième année consécutive, c’est en raison de plusieurs facteurs structurels. La croissance économique mondiale devrait ralentir, passant de 3 % en 2025 à 2,6 % en 2026. Dans le même temps, les coûts de l’énergie demeurent élevés et les taux d’intérêt devraient rester durablement supérieurs aux niveaux auxquels les entreprises s’étaient habituées ces dernières années.

Par ailleurs, le nombre d’entreprises actives a progressé d’environ 10 % entre 2021 et 2025. Or, beaucoup de ces jeunes entreprises disposent de réserves financières limitées. En Europe, moins d’une entreprise sur deux survit au-delà de cinq ans.

La Belgique fait en outre face à plusieurs défis spécifiques. La faible croissance économique, le coût plus élevé du financement et l’impact de l’indexation automatique des salaires continuent d’exercer une pression sur la rentabilité des entreprises. Pour les CFO, l’enjeu consiste donc de plus en plus à préserver la trésorerie, la rentabilité et la flexibilité financière.

Les chiffres montrent que le risque de faillite ne constitue plus un scénario exceptionnel, mais un élément structurel de l’environnement économique. Les CFO ont tout intérêt à se poser plusieurs questions clés :

Quelle est votre dépendance vis-à-vis de clients financièrement fragiles ?

Dans un contexte où le nombre de faillites reste élevé, les difficultés d’un client important peuvent rapidement affecter la trésorerie et le besoin en fonds de roulement.

Votre structure de financement est-elle adaptée à des taux durablement plus élevés ?

De nombreuses entreprises ont bénéficié pendant des années d’un financement particulièrement bon marché. Dans le contexte actuel, une planification rigoureuse de la liquidité redevient essentielle.

Vos marges peuvent-elles absorber de nouvelles hausses de coûts ?

Les coûts de l’énergie, du travail et du financement continuent de peser sur la rentabilité de nombreux secteurs.

Disposez-vous d’une visibilité suffisante sur les risques au sein de votre chaîne de valeur ?

Les clients ne sont pas les seuls à présenter un risque. Des fournisseurs ou partenaires stratégiques fragilisés peuvent également avoir un impact direct sur la continuité de l’activité.

L’analyse montre que les conditions macroéconomiques et les facteurs propres aux secteurs restent de loin les principaux moteurs des faillites d’entreprises. L’adoption de l’intelligence artificielle ne présente pas, à ce stade, de lien direct avec les tendances générales en matière d’insolvabilité.

Les chercheurs identifient toutefois un risque potentiel dans les économies plus petites et moins diversifiées. En Belgique et en Suède, où le taux d’adoption de l’IA est le plus élevé parmi les pays étudiés (35 %), les secteurs les plus numériques affichent également des taux de faillite relativement élevés. De même, le secteur de l’Information et de la Communication, qui présente le taux d’adoption de l’IA le plus important de l’étude (70 %), affiche dans cinq des huit pays analysés un niveau de faillites supérieur à la moyenne nationale.

Pour les CFO, le principal enseignement n’est pas que l’IA provoque aujourd’hui davantage de faillites, mais plutôt que l’écart concurrentiel risque de se creuser entre les entreprises qui adoptent rapidement ces technologies et celles qui prennent du retard.

La légère baisse attendue en 2027 constitue une évolution positive, mais elle ne modifie pas fondamentalement le contexte. La Belgique continuera d’évoluer à proximité de niveaux historiquement élevés de faillites, tandis que la croissance économique restera modérée et que les coûts de financement et de l’énergie continueront de peser sur les entreprises.

Pour les CFO, le message central est donc clair : ne pas tabler sur une normalisation rapide, mais se préparer à un environnement où la résilience financière, la gestion de la trésorerie et l’anticipation des risques resteront des facteurs clés de succès.

Car lorsque les faillites demeurent durablement élevées, ce n’est plus la crise qui devient la norme, mais bien la nécessité d’y être constamment préparé.

Nous suivons quotidiennement les évolutions géopolitiques, les tendances sectorielles et les comportements de paiement à l’échelle mondiale. Nous mobilisons ces connaissances pour vous aider, en tant que CFO, à identifier les risques à temps et à renforcer votre capacité d’anticipation, afin de pouvoir prendre des décisions en toute confiance, même lorsque le brouillard économique s’épaissit.