Les évolutions politiques influencent de plus en plus les marchés obligataires européens. Notre dernière étude montre que la fragilité politique exerce une influence croissante sur les primes de risque, les spreads et les coûts de financement en Europe. La Belgique fait également partie des pays où l’incertitude politique se traduit par une hausse des coûts de financement.
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L’Europe atteint un niveau élevé de fragilité politique
À l’approche de plusieurs échéances électorales dans différents pays européens, le risque politique demeure un facteur important pour les marchés des obligations souveraines. Notre Political Fragility Index (PFI) à haute fréquence montre que la fragilité politique en Europe se maintient à un niveau élevé.
Le PFI repose sur des données de sondages et mesure quatre facteurs sous-jacents : la fragmentation, le mécontentement, la polarisation et la gouvernabilité.
La Belgique, tout comme les Pays-Bas, figure parmi les pays affichant un niveau élevé de fragmentation politique. La multiplication des partis rend les processus de formation des gouvernements plus complexes et réduit la prévisibilité des politiques publiques. La fragilité politique s’est également accentuée ces dernières années en France et au Royaume-Uni.
« Avec ce rapport, nous montrons que le risque politique n’est plus une notion vague, mais un facteur parfaitement mesurable dans le prix des emprunts d’État », Johan Geeroms, notre Director Risk Underwriting Benelux.
Les primes de risque réagissent davantage aux évolutions politiques
Les marchés financiers sont devenus plus sensibles aux risques politiques. Lorsque l’incertitude politique augmente, les investisseurs exigent une rémunération plus élevée pour compenser le risque supplémentaire qu’ils perçoivent.
Cette hausse des primes de risque se traduit directement par une augmentation des coûts de financement des États. Toutefois, l’ampleur de cet effet varie selon les pays. Les caractéristiques institutionnelles, les perspectives budgétaires et la confiance des investisseurs influencent également la réaction des marchés obligataires aux évolutions politiques.
Selon notre analyse, les tensions politiques se reflètent aujourd’hui plus rapidement dans les taux d’intérêt qu’auparavant. Des facteurs autrefois relégués au second plan sont désormais davantage intégrés dans la valorisation des obligations souveraines.
Les surcoûts d’intérêts atteignent près de 100 milliards d’euros
Depuis 2022, la fragilité politique a entraîné environ 98 milliards d’euros de coûts d’intérêts supplémentaires pour l’Italie, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Belgique réunis.
En moyenne, cela représente environ 3 % de charges annuelles de service de la dette supplémentaires. L’Italie et le Royaume-Uni supportent la charge la plus lourde, avec chacun près de 40 milliards d’euros de coûts additionnels. La France et l’Espagne ont également vu leurs coûts de financement augmenter sous l’effet de la fragilité politique.
Pour la Belgique, nous estimons les coûts d’intérêts supplémentaires spécifiquement liés à la fragilité politique à environ 3 milliards d’euros depuis 2022. Cela correspond à une augmentation estimée d’environ 2 % des coûts de service de la dette. Cette estimation porte exclusivement sur l’impact de la fragilité politique et ne tient pas compte des autres facteurs susceptibles d’influencer les taux d’intérêt.
L’incertitude politique pèse davantage sur les coûts de financement de la Belgique
Bien que la Belgique et les Pays-Bas affichent tous deux un niveau élevé de fragilité politique, les marchés financiers réagissent différemment dans les deux pays.
Les Pays-Bas conservent pour l’instant leur statut de valeur refuge, ce qui limite l’impact de l’incertitude politique sur les taux des obligations d’État néerlandaises. En Belgique, la relation entre fragilité politique et coûts de financement apparaît plus marquée.
Chaque hausse du Political Fragility Index s’accompagne généralement d’un élargissement des spreads de taux belges. L’incertitude politique se traduit donc plus rapidement par une augmentation des coûts de financement de l’État. La stabilité politique et des accords budgétaires crédibles demeurent dès lors des éléments essentiels pour maintenir la confiance des investisseurs.
« Les deux pays affichent un niveau élevé de fragilité politique. Mais les investisseurs continuent de considérer les Pays-Bas comme une valeur refuge. En Belgique, nous constatons en revanche que chaque progression du PFI se traduit par une hausse perceptible des spreads » , Johan Geeroms.
L’inflation et les risques budgétaires restent également déterminants
La fragilité politique n’est pas le seul facteur qui influence les taux des obligations souveraines. L’inflation, le niveau d’endettement public, les déficits budgétaires et les notations de crédit jouent également un rôle important.
La forte vague inflationniste observée depuis 2022 a considérablement augmenté les coûts de financement à travers l’Europe. Par ailleurs, le niveau relativement élevé de la dette publique belge et les défis budgétaires du pays restent des points d’attention majeurs pour les investisseurs.
Le coût de financement d’un État dépend donc d’une combinaison de facteurs économiques fondamentaux, de discipline budgétaire et de stabilité politique. La fragilité politique n’est pas un risque isolé, mais un facteur auquel les marchés financiers accordent une importance croissante.
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