Pendant longtemps, l’informatique quantique a été perçue comme une technologie du futur. Prometteuse, certes, mais encore éloignée des préoccupations quotidiennes des entreprises. Selon nos experts, c’est précisément là que réside le risque.

Si les bénéfices économiques du quantique appartiennent encore largement à l’avenir, il n’en va peut-être pas de même pour les menaces qu’il fait peser. Contrairement à la plupart des grandes innovations technologiques, l’informatique quantique pourrait être l’une des rares technologies dont les risques se matérialisent avant les véritables retombées économiques.

Pour les CFO, les responsables des risques et les membres des comités de direction, ce constat mérite une attention particulière. Non pas parce que les ordinateurs quantiques transformeront les entreprises du jour au lendemain, mais parce que les décisions en matière de protection des données, d’investissements technologiques et de résilience numérique doivent être prises dès aujourd’hui.

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Le rapport compare l’informatique quantique à une course entre deux horloges. La première mesure le temps nécessaire avant que les ordinateurs quantiques ne créent une véritable valeur économique. La seconde décompte les années qui nous séparent du moment où ces mêmes machines deviendront capables de compromettre les mécanismes cryptographiques qui protègent aujourd’hui une grande partie de l’économie numérique. À ce stade, personne ne sait laquelle atteindra son objectif en premier. Cette distinction est essentielle.

Pour de nombreux usages financiers, les ordinateurs quantiques devront non seulement gagner en puissance, mais aussi démontrer qu’ils offrent de meilleurs résultats que les technologies classiques, qui continuent elles aussi à progresser rapidement. En matière de cryptographie, la situation est différente : la méthode permettant de casser certains systèmes actuels existe déjà depuis plusieurs décennies. Ce qui manque encore, c’est la machine capable de l’exécuter à grande échelle.

Autrement dit, la trajectoire qui mène à la création de valeur et celle qui mène au risque ne suivent pas nécessairement le même calendrier.

De nombreuses organisations considèrent encore l’informatique quantique comme un sujet de long terme. Pourtant, le rapport met en évidence une réalité souvent sous-estimée : les données n’ont pas besoin d’être déchiffrées aujourd’hui pour représenter un risque demain.

Les spécialistes de la cybersécurité parlent de « harvest now, decrypt later ». Des données chiffrées peuvent être interceptées et stockées dès aujourd’hui, dans l’espoir de pouvoir être déchiffrées ultérieurement lorsque les capacités quantiques seront suffisantes. Le sujet devient alors avant tout stratégique.

La question n’est plus : « Quand le Q-Day arrivera-t-il ? » Mais plutôt : « Quelles données au sein de votre organisation doivent encore rester confidentielles dans dix ou quinze ans ? ». Pour de nombreuses entreprises, cela concerne bien plus que les données clients :

  • les plans stratégiques ;
  • la propriété intellectuelle ;
  • les contrats ;
  • les informations financières sensibles ;
  • les dossiers de fusion-acquisition ;
  • les données de santé ou relatives aux collaborateurs ;
  • les politiques tarifaires et les stratégies commerciales.

Pour toutes ces informations dont la confidentialité doit être garantie sur le long terme, le compte à rebours a déjà commencé. 

Personne ne peut prédire avec certitude à quel moment émergera un ordinateur quantique capable de compromettre les systèmes cryptographiques actuels.

Pourtant, les régulateurs et organismes de normalisation ont déjà commencé à agir. Les experts estiment que la probabilité de voir apparaître un ordinateur quantique cryptographiquement pertinent d’ici dix ans se situe entre 28 % et 49 %. Plus important encore, les autorités ne souhaitent pas attendre une certitude absolue avant d’agir.

L’institut américain NIST a publié les premiers standards de cryptographie post-quantique en 2024 et prévoit l’abandon progressif des algorithmes vulnérables après 2030. En Europe, une feuille de route prévoit également la migration des infrastructures critiques, y compris financières, vers des solutions résistantes au quantique à l’horizon 2030. Pour les entreprises, la question n’est donc plus de savoir si cette transition aura lieu, mais comment s’y préparer.

L’un des enseignements les plus marquants du rapport est que l’obstacle principal n’est plus scientifique. Les standards appelés à remplacer les mécanismes cryptographiques actuels existent déjà. Le véritable défi consiste désormais à identifier où la cryptographie est utilisée, quels systèmes sont prioritaires, quels fournisseurs sont concernés et comment organiser une migration progressive. Or, de nombreuses organisations accusent encore un retard important.

Selon l’étude, seules environ 35 % des grandes organisations ont réalisé un inventaire complet de leurs actifs cryptographiques. Une proportion encore plus faible dispose à la fois d’une gouvernance dédiée, d’un budget identifié et d’un plan de migration crédible.

La préparation à l’ère post-quantique apparaît ainsi avant tout comme un sujet de gouvernance, d’investissement et de gestion des risques.

Pour les directions financières, cette problématique renvoie à une réalité bien connue : l’arbitrage permanent des ressources. La préparation à l’ère post-quantique doit aujourd’hui rivaliser avec d’autres priorités stratégiques, comme l’intelligence artificielle, l’automatisation ou la transformation numérique. Souvent, ce sont les mêmes budgets, les mêmes équipes IT et la même attention du management qui sont mobilisés.

C’est aussi ce qui explique pourquoi de nombreuses organisations repoussent encore le sujet. Non pas parce que le risque est ignoré, mais parce que les bénéfices d’autres investissements paraissent plus immédiats et plus faciles à mesurer. Pourtant, l’enjeu dépasse largement la cybersécurité.

Il concerne également :

  • la continuité des activités ;
  • la conformité réglementaire ;
  • la gestion des risques ;
  • la résilience numérique ;
  • la protection de la valeur de l’entreprise à long terme.

Pour les entreprises belges, néerlandaises et luxembourgeoises, cette réflexion revêt une importance particulière.

Le Benelux figure parmi les régions les plus numérisées et les plus interconnectées d’Europe. Les échanges de données, les transactions numériques et l’intégration dans des chaînes de valeur internationales sont au cœur de nombreux modèles économiques. Dans un tel environnement, la protection des informations sensibles devient progressivement un enjeu stratégique et non plus une simple question informatique.

Car les conséquences d’une préparation insuffisante peuvent affecter bien davantage que la technologie elle-même : elles touchent aussi la confiance, la réputation et la continuité des activités.

Le rapport suggère que les organisations gagneraient à se concentrer moins sur la date exacte du Q-Day que sur leur propre niveau de préparation. Quelques questions peuvent aider à initier cette réflexion :

  1. Quelles données au sein de votre organisation doivent encore être protégées dans dix ans ?
  2. Disposez-vous d’une vision complète des systèmes qui reposent sur les standards cryptographiques actuels ?
  3. Quels fournisseurs ou partenaires joueront un rôle clé dans une future migration ?
  4. La sécurité post-quantique fait-elle partie de votre feuille de route technologique à long terme ?
  5. Comment priorisez-vous les investissements en cyberrésilience par rapport aux autres projets numériques ?

L’histoire des technologies est généralement guidée par la recherche de nouvelles opportunités. L’informatique quantique pourrait constituer une exception.

Selon nos experts, le défi le plus urgent aujourd’hui n’est pas de prédire le moment où cette technologie générera une véritable valeur économique, mais de se préparer aux risques qui ont déjà commencé à émerger.

Pour les CFO, la question est finalement assez simple. Il ne s’agit pas de savoir si l’informatique quantique aura un jour un impact sur votre entreprise, mais si votre organisation sera prête lorsque ce moment arrivera. Car attendre que l’horloge atteigne zéro pourrait vous laisser moins de temps que vous ne l’imaginez.

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