Depuis longtemps déjà, les investissements des très grands groupes du monde entier sont au plus bas. Jamais les marges bénéficiaires, le rendement sur le capital investi, les coûts de financement et l’impôt effectif sur les bénéfices n’ont été aussi favorables et pourtant l’envie d’investir fait défaut.

D’après notre étude, le rendement moyen sur les capitaux propres au dernier trimestre de 2022 était de 15,6 %, soit un peu moins que la moyenne à long terme. Compte tenu du ralentissement économique, ce n’est pas mal. Les grandes entreprises prospèrent sans prendre des risques. Sans investir, elles parviennent à augmenter considérablement leur valeur en détenant simplement des liquidités, en rachetant leurs propres actions et en versant des dividendes. Le relèvement des taux d’intérêt par les banques centrales ne semble que renforcer cette attitude.

Johan Geeroms, notre Directeur Risk Underwriting Benelux: « Nous constatons que les sociétés cotées ont de plus en plus utilisé leurs propres capitaux pour racheter leurs propres actions au cours de la dernière décennie. On pourrait se demander s’il n’y avait pas mieux à faire. Apparemment non. Effectivement, racheter ses propres actions pour éventuellement les détruire ensuite s’avère extrêmement rentable. La valeur de l’entreprise augmente à mesure que le cours de l’action s’élève, le nombre d’actions sur lesquelles les bénéfices doivent être répartis ayant diminué. Et lors de rachats, de même que pour défendre son entreprise contre un rachat, le cours plus élevé de l’action de sa propre entreprise constitue une arme efficace. Cela confère une certaine puissance sur le marché. »

Lorsque l’économie est en plein essor, il y a une forte demande qui fait monter les prix et crée de l’inflation. Les entreprises investissent alors massivement parce qu’elles y voient des opportunités. Aujourd’hui, nous sommes en récession et pourtant il y a de l’inflation. Ce phénomène est dû à ce que l’on appelle l’inflation de l’offre. Nous sommes confrontés à des prix élevés, au cost push (en partie à cause de la guerre en Ukraine). Les banques centrales tentent de freiner l’inflation en augmentant les taux d’intérêt, mais cela n’améliore pas le climat économique. Le statu quo actuel pourrait se poursuivre pendant des années. C’est aussi ce que croient les plus grandes entreprises. Elles ont ainsi développé leur propre manière d’assurer leurs arrières.

Johan Geeroms souligne l’importance des investissements des entreprises, particulièrement des très grands groupes, pour l’économie. « C’est le moteur de l’économie. Les investissements génèrent de l’emploi, des revenus. Ils sont également essentiels au progrès technologique. Or, ils ne redémarrent pas. Les entreprises ont créé leur propre carrousel lucratif, qui se compose d’économies, de rachat de leurs propres actions et de versement de dividendes. La valeur pour l’actionnaire, c'est tout ce qui importe pour l’instant. Clairement, l’inflation va encore devoir augmenter considérablement avant que les investissements ne reprennent. »

Cela ne dérange pas les grandes entreprises. Pourquoi se compliquer la vie quand on peut opter pour la facilité ? Pourtant, il existe indéniablement un effet pervers. Il y a d’abord eu les taux d’intérêt bas pour relancer l’économie. L’argent était pour ainsi dire gratuit. Vu le climat économique incertain, on ne se bousculait pas pour investir. Cet argent gratuit a tout de même permis aux grands groupes de créer de la valeur facilement. Simplement en rachetant leurs propres actions. La politique monétaire a créé une incitation à financer davantage avec des fonds empruntés. Et les grandes entreprises ont été les premières à en profiter.

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